Critique : Ultimate Game
Je me suis toujours méfiié des films sur-découpés, souvent synonyme de manque d'inspiration dans la mise en scène où alors de subterfuge pour mettre du rythme là où il n'y en a pas. C'est donc avec curiosité, mais également un peu d'appréhension, que je me rends à la projection d'Ultimate Game. Car, il est vrai, les deux réalisateurs Mark Neveldine et Brian Taylor, s'ils sont réussit à imposer leur style avec Hypertension 1 et 2, ils ont désormais la réputation de faire des films certes jouissifs, mais très découpés, voire à l'esthétique proche du clip-vidéo. Enfin, n'ayant malheureusement pas eu l'occasion de voir ces deux films, c'est l'image que je me fais d'eux, en me basant uniquement sur les ouï-dire. Cette projection est donc pour moi l'occasion de me faire ma propre opinion sur ces deux jeunes réalisateurs...
Le rideau se lève et la désormais très célèbre chanson Sweet dream de Marilyn Manson ouvre le spectacle. Au rythme de la musique, on découvre les villes du futur, ne vivant que pour le jeu Slayers, au cœur du film. Un plaisir pour les oreilles, un plaisir pour les yeux, en moins de trente secondes on est plongé dans cet univers futuriste. Mais à y réfléchir, on se dit que c'est trop facile, Sweet Dream, plusieurs fois utilisée au cinéma, n'a t-elle pas autant de pouvoir hypnotique que La Lettre à Elise dans n'importe quel drame psychologique ? Une fois le générique passé, on entre directement dans l'action. On suit Gérard Butler en pleine « partie », et là, c'est le choc. Tout va très vite, les explosions détonnent dans tous les sens, les balles fusent, les corps volent, la caméra bouge dans tous les sens, et c'est sur-découpé au possible. La déception se fait ressentir et on se dit qu'on est bon pour une heure trente de torture virtuelle avec un mal de crâne à la clé...
Et pourtant... une fois de plus, je me rends compte qu'il ne faut jamais se fier aux préjugés. Une fois ce choc visuel brutal passé, quelques petites minutes plus tard, lorsque l'on a enfin adhéré au style des deux cinéastes, on change rapidement d'avis. Surprenant, osé, rythmé et hors norme, Ultimate Game est une réussite de bout en bout.
Commençons tout de suite par la mise en scène. Alors oui elle fait parfois « clip-vidéo », oui il y a assez de plans dans Ultimate Game pour faire trois films de Tony Scott, mais à mon grand étonnement, cela ne nuit en rien à la lisibilité. On comprend tout ce qui se passe à l'écran, et mieux, la mise en scène renforce l'émotion. Il suffit de voir comment, dans les nombreuses scènes de combats et de fusillades, les réalisateurs parviennent à nous mettre au cœur de l'action. Chaque plan est étudié, chaque plan est maîtrisé, on en prend plein les yeux.

Au niveau du scénario, c'est également une bonne surprise. Le film est parsemé de bonnes idées et de références. Le jeu Slayers, suivi par des millions de téléspectateurs, apparaît comme une critique à la fois des jeux-vidéos de plus en plus violent mais aussi de la real-TV, toujours à la recherche de sensations fortes et de gros bénéfices. Mais à côté de ce jeu, il y a également « Society ». Le jeu « tout public », où des acteurs sont payés pour être contrôlés par des joueurs qui payent pour ça. Parodie évidente des jeux du genre Second Life, « Society » est une excellente trouvaille. Que feriez-vous si vous pouviez contrôler à distance une vraie personne, en tout anonymat ? Avec Society, les réalisateurs refont sortir nos instincts profonds et mise la carte du voyeurisme. Avec un tel pitch, difficile de ne pas sombrer dans le ridicule. Pourtant, malgré un ou deux gags qui ne font pas mouche, jamais Ultimate Game ne vire dans le n'importe quoi.

Du côté des acteurs, tout le monde s'en sort plutôt bien. Gérard Butler est crédible que ce soit dans les scènes d'action ou les scènes plus intimes. Le jeune Logan Lerman fait un parfait petit geek et Michael C. Hall, tout droit sorti de Dexter, incarne un excellent milliardaire déjanté.
Bref, en cherchant bien, on trouvera sûrement des choses à redire sur Ultimate Game, mais si on le prend pour ce qu'il est, un film de divertissement original et assumé, on passe un excellent moment. Des scènes de combats rythmées et impressionnantes, une mise en scène maîtrisées et une très claire critique de la société, je ne vois pas ce que l'on pourrait demander de plus. Mark Neveldine et Brian Taylor sont clairement des réalisateurs à suivre. Je vais de ce pas essayer de me procurer hypertension 1 et 2, en attendant leur prochain film.